C'est au Ier siècle av. J.-C. que la mythologie prend de plus en plus d'importance à Rome, sous la forme de continuelles réécritures dans la littérature non seulement des mythes italo-romains, mais des mythes grecs, introduits très tôt en Italie. Au terme d'un long processus commencé avec les conquêtes, l'Vrbs traverse une crise qui est à la fois celle des consciences et des institutions politiques. Parce qu'elle sert alors d'instrument d'analyse du monde, de la société et de la place de l'homme, la mythologie permet de répondre aux nouvelles exigences morales, intellectuelles et politiques d'une société en changement. Les poètes latins reprennent, remodèlent et métamorphosent les mythes, de manière toujours différente, selon les genres qu'ils pratiquent, porteurs, chacun, de façons particulières d'appréhender le monde et l'existence de l'homme. A travers des exemples précis, pris dans la période qui va de la fin de la République au Principat de Néron, le propos de cet essai est de montrer comment les poètes ont contribué à transformer l'idéologie et l'imaginaire romains sur des points essentiels comme la réflexion sur les origines de la cité et le sens de l'Histoire, la légitimité du Principat, les valeurs civiques ou le discours sur les passions et la nature humaine. Ils ont ainsi assuré la survie des mythes en réussissant à leur donner une signification moderne.
Professeur à l'Université de Lille III, Jacqueline Fabre-Serris est l'auteur d'un doctorat d'Etat intitulé : Mythe et poésie dans les Métamorphoses d'Ovide. Fonctions et significations de la mythologie dans la Rome augustéenne (Klincksieck 1995). Membre du Centre " Mythe et littérature " de l'Université de Lille III, elle a écrit divers articles sur la poésie latine et la survi...